Le Maroc s'est imposé comme le leader africain des énergies renouvelables avec une capacité installée qui dépasse 40% du mix électrique en 2026. Les projets phares Noor, Taza et Tarfaya attirent des milliards de dirhams d'investissements. L'hydrogène vert et les batteries ouvrent un nouveau cycle d'opportunités pour les investisseurs et les PME marocaines.
Je suis le secteur des énergies renouvelables marocaines depuis les premières études de faisabilité du projet Noor, il y a plus de dix ans. À l'époque, peu d'observateurs croyaient qu'un pays sans pétrole et dépendant à plus de 90% des importations énergétiques allait devenir une référence continentale en matière de transition. Les chiffres de 2026 leur donnent tort, et la trajectoire s'accélère.
Ce qui m'impressionne le plus, c'est la cohérence stratégique du Royaume. Les investissements ne sont pas éparpillés. Ils suivent un cap fixé dès 2009 par la stratégie énergétique nationale, régulièrement révisée à la hausse. En parallèle, un écosystème d'entreprises marocaines s'est constitué, créant des milliers d'emplois qualifiés.
Selon les données de Bank Al-Maghrib, le secteur énergétique représente aujourd'hui plus de 10% de la formation brute de capital fixe au Maroc. La capacité renouvelable installée dépasse les 5 000 MW en 2026, répartie entre solaire photovoltaïque, solaire thermodynamique (CSP), éolien terrestre et hydroélectricité.
Le Maroc est régulièrement cité par les instances internationales comme le pays africain le plus avancé en matière de politique climatique. Cette reconnaissance attire des fonds souverains, des développeurs européens et des partenaires chinois. Elle attire aussi les banques multilatérales qui proposent des financements concessionnels à des taux inférieurs au marché.
Le positionnement géographique joue un rôle déterminant. Avec plus de 3 000 heures d'ensoleillement annuel sur une grande partie du territoire et des vents soutenus sur la côte atlantique, les facteurs de charge des centrales marocaines figurent parmi les meilleurs de la région. Cela réduit le coût actualisé de l'électricité et rend les projets plus compétitifs face au gaz naturel importé.
L'objectif officiel a été relevé à plusieurs reprises. En 2026, la cible consiste à porter la part des renouvelables à 52% de la capacité installée en 2030. Cela représente un besoin d'installation d'environ 10 000 MW supplémentaires en moins de cinq ans. L'enveloppe d'investissement correspondante est estimée à plus de 400 milliards de dirhams.
Pour y parvenir, le gouvernement a multiplié les appels d'offres. Ceux ci sont scrutés de près par les consortiums internationaux. Les prix obtenus lors des dernières adjudications placent le Maroc parmi les pays les moins chers au monde pour l'éolien terrestre, avec des tarifs inférieurs à 30 USD par MWh dans certaines enchères. Le solaire photovoltaïque suit la même tendance.
Cette compétitivité tarifaire transforme le modèle économique national. Elle permet d'envisager à moyen terme l'export d'électricité verte vers l'Europe via des câbles sous marins, dont plusieurs projets sont déjà en cours d'étude. Le câble Maroc Royaume Uni, porté par un groupe britannique, constitue le projet le plus avancé sur ce segment.
Noor Ouarzazate reste la vitrine emblématique du savoir faire marocain. Avec ses quatre tranches (Noor I, II, III et IV) et une capacité totale qui dépasse 580 MW, c'est l'une des plus grandes centrales solaires du monde. Noor III utilise la technologie de tour à sels fondus avec stockage thermique permettant de produire jusqu'à sept heures après le coucher du soleil.
La tour centrale de Noor III, haute de plus de 240 mètres, est visible à des dizaines de kilomètres et attire un tourisme industriel en pleine croissance. J'encourage tout investisseur intéressé par le secteur à visiter le site : on comprend en une demi journée pourquoi le Royaume a été capable de baisser autant ses coûts sur les projets suivants.
Le retour d'expérience de Noor a servi à calibrer les appels d'offres ultérieurs. Les mêmes équipes techniques, désormais aguerries, animent les projets de la nouvelle génération. Cette continuité opérationnelle explique pourquoi les nouveaux projets démarrent plus vite et coûtent moins cher.
Noor Midelt représente l'étape suivante. Le projet combine solaire photovoltaïque et thermodynamique avec stockage hybride. La première phase, attribuée à un consortium mené par EDF Renouvelables et Masdar, doit porter 800 MW de capacité installée. La seconde phase, plus récente, devrait ajouter 400 MW supplémentaires d'ici 2028.
Noor Atlas, complexe de plusieurs centrales photovoltaïques réparties sur le sud du pays, vise une capacité agrégée supérieure à 200 MW. Le mode d'attribution repose sur des appels d'offres internationaux concurrentiels, avec des contrats d'achat d'électricité de long terme signés avec l'acheteur public.
Pour un investisseur financier, ces projets offrent des profils de risque maîtrisés : revenus sécurisés par contrat, garanties souveraines partielles, et banques de développement dans la syndication. Le rendement net se situe dans une fourchette de 8 à 11% en fonction de la tranche de dette et des hypothèses de performance technique.
Le Maroc dispose de l'un des meilleurs gisements éoliens du continent. La région de Tarfaya, au sud, bénéficie de vents moyens annuels supérieurs à 9 m/s à 100 mètres de hauteur. Le parc de Tarfaya, exploité par Nareva et Engie, dépasse 300 MW de capacité. D'autres parcs opèrent à Essaouira, Akhfennir, Tanger et Midelt.
Le parc de Taza, plus récent, porte 150 MW et sert de projet pilote pour les turbines de grande puissance adaptées au relief montagneux. Le développement éolien à Boujdour et dans les provinces du sud s'accélère depuis 2024, porté par l'intégration progressive de ces zones dans le réseau national haute tension.
L'éolien est particulièrement intéressant pour les industriels qui souhaitent signer des contrats PPA (Power Purchase Agreement) bilatéraux. Plusieurs cimentiers et industriels exportateurs ont déjà contractualisé une partie de leur consommation auprès de parcs éoliens dédiés, afin de sécuriser un prix compétitif et de verdir leur bilan carbone.
L'architecture institutionnelle du secteur repose sur une division claire des rôles. La MASEN (Moroccan Agency for Sustainable Energy) développe les projets, structure les appels d'offres et sécurise les financements. L'ONEE (Office National de l'Électricité et de l'Eau) reste l'opérateur du réseau et l'acheteur de l'électricité dans la plupart des cas.
L'ANRE, Autorité Nationale de Régulation de l'Électricité, supervise l'ouverture progressive du marché. Les grandes entreprises peuvent désormais s'approvisionner directement auprès de producteurs privés, moyennant des règles de raccordement et de partage des coûts d'infrastructure définies par la régulation.
Cette organisation, inspirée des meilleurs standards internationaux, rassure les investisseurs. Elle garantit la transparence des appels d'offres et la bancabilité des contrats. C'est un atout majeur que j'invite tout porteur de projet à exploiter pleinement.
L'hydrogène vert constitue la nouvelle frontière stratégique du Maroc. Le Royaume a publié en 2021 une feuille de route ambitieuse. La Charte dite « Offre Maroc Hydrogène » publiée en 2024 fixe les principes de mobilisation du foncier public pour les grands projets d'ammoniac vert et de carburants de synthèse destinés à l'export européen.
Plusieurs projets d'envergure ont été annoncés depuis 2024, pour un pipeline cumulé dépassant 30 milliards de dollars à l'horizon 2035. Les premiers électrolyseurs industriels devraient entrer en service entre 2028 et 2030, notamment dans la région de Guelmim Oued Noun et dans les provinces du sud. Les débouchés visés sont principalement européens.
La Confédération Générale des Entreprises du Maroc a créé un groupe de travail dédié qui rassemble les industriels intéressés par la chaîne de valeur : fabricants d'électrolyseurs, producteurs d'ammoniac, logisticiens portuaires. Pour les investisseurs marocains, ce chantier représente probablement le plus gros gisement de valeur ajoutée de la prochaine décennie.
Le secteur attire des capitaux privés de premier plan. TAQA Morocco, filiale cotée à la Bourse de Casablanca, exploite la centrale de Jorf Lasfar et se diversifie dans l'éolien et le solaire. Elle constitue l'un des rares véhicules boursiers donnant une exposition directe au secteur énergétique marocain.
Nareva, groupe marocain spécialisé, gère plusieurs parcs éoliens et solaires en partenariat avec des acteurs internationaux comme Engie ou ENEL. Le saoudien Acwa Power est attributaire de Noor Ouarzazate et reste un acteur majeur des appels d'offres récents. Côté émirati, Masdar multiplie les prises de participation dans le pipeline solaire et hydrogène.
Pour se positionner, je recommande d'analyser la charte d'investissement en lisant notre article dédié à la Charte de l'Investissement 2026. Les primes à l'investissement peuvent atteindre 30% du montant engagé dans certaines régions prioritaires.
Le développement des ENR a fait émerger un tissu de PME sous traitantes. Installateurs photovoltaïques, bureaux d'études spécialisés en ingénierie électrique, sociétés de maintenance éolienne, logisticiens du grand gabarit : la chaîne de valeur locale s'étoffe. Plus de 50 000 emplois directs sont aujourd'hui rattachés au secteur, selon les estimations publiées par les acteurs institutionnels.
L'OFPPT a créé plusieurs filières dédiées dans ses Instituts de Formation aux Métiers des Énergies Renouvelables, notamment à Oujda, Ouarzazate et Tanger. Les techniciens formés trouvent des débouchés rapides, avec des niveaux de rémunération supérieurs à la moyenne industrielle nationale.
Pour un entrepreneur, se positionner sur la fourniture de services de maintenance ou de sous traitance spécialisée est une stratégie pertinente. Les barrières à l'entrée sont raisonnables, les carnets de commandes sont longs, et la solvabilité des donneurs d'ordre est rassurante. J'ai accompagné plusieurs clients qui ont développé ce positionnement avec succès.
Quatre pistes concrètes se dégagent en 2026. La première consiste à investir en bourse via les sociétés cotées exposées au secteur, notamment TAQA Morocco et certaines holdings industrielles. Cela offre une liquidité appréciable et un profil de rendement cohérent avec un horizon de placement de moyen terme.
La deuxième piste concerne les obligations vertes émises par le Royaume et certaines grandes entreprises publiques. Le marché s'est structuré ces dernières années, sous la supervision de l'AMMC. Les rendements sont corrects et l'ancrage dans une stratégie climatique cohérente sécurise le risque de crédit.
La troisième piste est celle des investissements physiques : panneaux photovoltaïques résidentiels pour auto consommation, flottes de solutions solaires pour TPE et PME, stations de recharge pour véhicules électriques. La nouvelle loi sur l'autoproduction clarifie le cadre pour les particuliers et les entreprises en 2026.
La quatrième piste, plus entrepreneuriale, consiste à créer une société positionnée sur la sous traitance du secteur : maintenance des parcs éoliens, nettoyage des panneaux solaires, ingénierie de projet, bureaux de contrôle. Je développe des pistes complémentaires dans notre guide sur les 10 secteurs rentables pour investir au Maroc. Pour les secteurs connexes, consultez aussi nos analyses sur l'agriculture, le tourisme et la stratégie Digital 2030.
Le secteur des ENR marocaines n'est plus une promesse. C'est une industrie mature, structurée, qui produit de la richesse, des emplois et de l'influence stratégique. Les investisseurs qui s'y positionnent aujourd'hui profitent à la fois d'un marché domestique en croissance et de la perspective d'export vers l'Europe.
La part des énergies renouvelables dans la capacité électrique installée dépasse 40% en 2026. L'objectif officiel est d'atteindre 52% en 2030, ce qui implique plus de 10 000 MW supplémentaires à installer en moins de cinq ans.
La MASEN (Moroccan Agency for Sustainable Energy) est l'agence publique chargée de piloter les grands projets solaires, éoliens, hydroélectriques et hydrogène du Royaume. Elle structure les appels d'offres et mobilise les financements internationaux.
Le Maroc a lancé plusieurs projets pilotes et signé une Charte Hydrogène en 2024. La production industrielle commerciale devrait démarrer entre 2028 et 2030, principalement pour l'export vers l'Europe sous forme d'ammoniac vert.
Quatre voies principales : actions cotées comme TAQA Morocco, obligations vertes supervisées par l'AMMC, installations photovoltaïques pour auto consommation, et création d'une société de sous traitance spécialisée.
Oui, l'autoproduction photovoltaïque est autorisée pour les particuliers et les entreprises avec un cadre réglementaire clarifié en 2026. Les seuils de puissance et les modalités d'injection sur le réseau dépendent du statut et de la région.